Trêve hivernale 2025-2026 : qui est vraiment protégé de l’expulsion ?
La Trêve hivernale 2025-2026 offre une respiration légale aux locataires en difficultés financières. Du 1er novembre 2025 au 31 mars 2026, les expulsions pour impayés de loyer connaissent une suspension stricte. Pourtant, cette protection n’est jamais universelle : des exceptions majeures et des cas flous sèment la confusion chez locataires comme propriétaires. Cet article cartographie précisément les locataires protégés et non-protégés, clarifie les stratégies légales des propriétaires, et vous guide vers les aides réelles pour éviter l’expulsion.

Qu’est-ce que la trêve hivernale 2025-2026 ?
La trêve hivernale est une suspension légale et obligatoire des expulsions pour non-paiement de loyer en France. Elle s’étend du 1er novembre 2025 au 31 mars 2026, soit cinq mois de protection légale renforcée. Selon le Code des procédures civiles d’exécution (article L412-1), aucune expulsion pour dette locative ne peut être exécutée durant cette période, même si le propriétaire détient une ordonnance antérieure. Concrètement, l’huissier de justice ne peut pas forcer votre porte, et vous ne pouvez pas être expulsé physiquement.
Point fondamental à retenir : la trêve hivernale n’annule pas vos dettes. Les loyers impayés s’accumulent silencieusement et restent intégralement dus après le 31 mars 2026. Le propriétaire conserve tous ses droits de recouvrement et peut relancer les procédures d’expulsion dès avril.
Locataires protégés : les critères essentiels
Pour bénéficier pleinement de la trêve hivernale, trois conditions strictes s’appliquent cumulativement.
1- Résidence principale. Le logement doit être votre domicile habituel et principal, pas une résidence secondaire, un gîte touristique ou un bien commercial. Un étudiant en logement universitaire ou un jeune travailleur en logement de fonction sont généralement couverts. Un propriétaire mettant à disposition un logement annexe ne l’est pas.
2- Bail classique. Le logement doit être loué sous un contrat de location vide régulière, un bail meublé autorisé ou une colocation sur bail standard. Les contrats saisonniers, les mises à disposition temporaires ou les arrangements informels ne s’y prêtent pas.
3- Résidence effective. Vous devez y vivre réellement et régulièrement. Une occupation intermittente ou fictive ne suffit pas.
Ces trois critères couvrent la majorité des locataires français en précarité : celui qui a cessé de payer son loyer en octobre, celui qui a reçu un commandement de payer en septembre, ou celui pour lequel une ordonnance d’expulsion a été prononcée avant la trêve hivernale.
Si vous êtes bénéficiaire d’une aide au logement (APL, ALS, ALF), celle-ci continue à être versée durant la trêve hivernale. Contactez votre CAF pour vérifier votre éligibilité actuelle et les augmentations possibles en 2025.
Exceptions : qui n’est PAS protégé par la trêve hivernale ?

C’est ici que la loi devient complexe. Plusieurs catégories d’occupants ne jouissent pas de cette protection hivernale, même s’ils résident dans un logement.
Les squatteurs et occupants illégaux. Si vous occupez un logement sans aucun titre légal (pas de bail, occupation clandestine, entrée sans autorisation), vous n’êtes pas protégé. Le propriétaire peut demander votre expulsion à tout moment, même en plein hiver, sans respecter la trêve.
Relogement décent disponible. Si le propriétaire propose un relogement jugé correspondant (loyer comparable, proximité géographique, conditions acceptables), une expulsion peut procéder en hiver. Cette exception dépend de l’acceptation volontaire du relogement par le locataire. Un relogement inadapté (plus cher, trop éloigné, conditions insuffisantes) ne lève pas la protection.
Arrêté de mise en sécurité du logement. Si l’immeuble présente un danger imminent pour la santé ou la sécurité (amiante, fuite de gaz, risque d’effondrement structurel), une expulsion d’urgence est possible même en trêve. Un arrêté préfectoral ou municipal doit le justifier formellement.
Violences conjugales ou familiales documentées. Si l’occupant a commis des violences envers le propriétaire, un conjoint, un enfant ou des tiers, une expulsion accélérée peut être prononcée. Une ordonnance de restriction ou un jugement constatant les violences suffit.
Affaires familiales : divorce ou séparation. Si le logement ne peut légalement être attribué à un seul époux du fait du jugement, l’expulsion de l’autre peut intervenir même en hiver. Ces décisions relèvent du droit de la famille.
Cas flous et situations ambiguës
Certains scénarios ne cadrent pas parfaitement dans les catégories ci-dessus.
Airbnb ou location courte durée. Si le bail mentionne une location courte durée (moins de 9 mois continus) ou si vous sous-louez régulièrement sur Airbnb sans accord, votre statut de « résidence principale » peut être contesté. Cependant, si vous y résidez réellement, la protection s’applique probablement. Consultez une ADIL en cas de doute.
Occupation informelle ou sans bail. Un occupant sans bail écrit, logé gratuitement ou par tolérance, n’a pas le statut légal de locataire et ne peut invoquer la trêve. Néanmoins, une possession longue peut créer des droits acquis en droit civil.
Dettes et stratégies des propriétaires
Les loyers continuent de s’accumuler. C’est le point capital. La trêve hivernale interdit l’expulsion, mais elle n’efface pas l’obligation de payer. Un locataire qui ne verse rien de novembre à mars accumule cinq mois de dettes, plus intérêts de retard (généralement 0,5% par mois du loyer TTC).
Procédures lancées avant la trêve. Un propriétaire avisé agit avant le 1er novembre : commandement de payer en octobre, ordonnance d’expulsion avant la trêve, puis exécution en avril sans relancer. C’est une stratégie légale et très efficace.
Votre défense durant la trêve. Pendant ces cinq mois, vous pouvez négocier un étalement de dette avec le propriétaire. Le Fonds de Solidarité Logement (FSL) ou votre CCAS peut couvrir partiellement vos arriérés. Demandez dès maintenant auprès de votre mairie.
Sanctions de l’expulsion illégale
Expulser un locataire sans respecter la trêve hivernale est un délit pénal. L’article 226-4-2 du Code pénal prévoit 3 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour toute « expulsion sans recours judiciaire ». Si le propriétaire change les serrures ou vous jette dehors en novembre sans ordonnance, vous pouvez porter plainte et réclamer des dommages-intérêts substantiels.

Conclusion
La trêve hivernale 2025-2026 protège les locataires réguliers de résidence principale, mais cette protection a des limites réelles. Comprendre les exceptions est crucial. Vos dettes restent dues après le 31 mars 2026.
Actions à entreprendre maintenant :
- Contactez votre CAF pour vérifier vos aides au logement et les augmentations possibles en 2025.
- Déposez une demande auprès du FSL ou votre CCAS local pour une aide exceptionnelle immédiate.
- Consultez gratuitement une ADIL ou une association de locataires si vous avez reçu un commandement.
La trêve hivernale vous achète du temps … utilisez-le pour régulariser votre situation. Les créanciers négocient mieux en hiver qu’après la trêve.