Frais bancaires succession : plafond 850€ à partir du 13 novembre 2025
Lors du décès d’un proche, vous devez affronter des démarches administratives complexes et des frais que vous n’aviez pas anticipés. Jusqu’à présent, les banques facturaient librement les frais bancaires de succession… cette “taxe sur le deuil” … pour clôturer les comptes et transférer les fonds aux héritiers. Ces montants variaient du simple au sextuple selon l’établissement, avec une moyenne de 189€ pour une succession modeste de 15 000€. Depuis le 13 novembre 2025, une nouvelle loi encadre strictement ces frais : plafond incontournable de 850€, trois cas de gratuité totale, et transparence tarifaire obligatoire. Cet article explique ce qui change concrètement, qui paie quoi, et comment vous protéger face aux abus potentiels.

La “taxe sur le deuil” : état des lieux avant novembre 2025
Pendant des années, les frais bancaires de succession ont constitué un véritable scandale silencieux. Les banques justifiaient ces coûts par les opérations administratives : vérification de l’acte de décès, inventaire des avoirs, gestion des comptes joints, transfert des fonds, échanges avec le notaire. Sur le papier, c’était logique. En pratique, les pratiques tarifaires étaient opaques et disproportionnées.
Selon une étude de l’UFC-Que Choisir portant sur 131 établissements en mai 2025, le coût moyen pour traiter une succession simple de 15 000€ s’établissait à 189€. Pourtant, certaines banques facturaient jusqu’à 500€ pour le même dossier, tandis que d’autres exigeaient des frais dès le premier euro. Le pire exemple relevé par l’association : une mère facturée 138€ pour la clôture du compte de son enfant décédé, dont le solde bancaire était de seulement 500€. C’était perçu… à juste titre.. comme une véritable ponction morale sur les familles endeuillées au moment le plus vulnérable.
Ce qui change à partir du 13 novembre 2025 : un double plafond strict
La loi n°2025-415 du 13 mai 2025, complétée par le décret n°2025-813 du 13 août 2025, instaure un double plafond incontournable qui s’impose à toutes les banques. À compter du 13 novembre 2025, les frais ne peuvent pas dépasser 1% du montant total des soldes des comptes et de la valorisation de l’épargne du défunt, avec un maximum absolu de 850€.
Exemples concrets du calcul :
- Avoirs de 30 000€ → frais maximum : 300€ (1% de 30 000€)
- Avoirs de 85 000€ → frais maximum : 850€ (plafond absolu, pas 850€ + suppléments)
- Avoirs de 100 000€ → frais maximum : 850€ (même taux, plafond plafonné)
Ce montant de 850€ sera revalorisé chaque 1ᵉʳ janvier en fonction de l’inflation calculée par l’Insee. Important : le plafonnement s’applique uniquement aux comptes régulés (comptes courants, livrets A, LDDS, LEP, livret jeune, PEP, PEL, CEL). Les PEA, PEA-PME, comptes PME Innovation et plans d’épargne avenir climat restent exclus de cette protection.
Les 3 cas de gratuité totale
Cas 1 : Décès d’un mineur
Aucun frais, quel que soit le montant des avoirs ou la complexité administrative du dossier. Cette disposition met fin à l’aberration précédente où une famille devait payer pour clôturer le compte bancaire d’un enfant décédé.
Cas 2 : Succession modeste (avoirs < 5 910€)
Si le solde total des comptes et produits d’épargne est inférieur à 5 910€ (seuil révisé chaque année selon l’évolution des prix), la banque n’a pas le droit de facturer aucun frais. Ce seuil couvre la majorité des petites successions où les frais représentaient autrefois un pourcentage exorbitant de l’héritage reçu.
Cas 3 : Succession simple sans complexité manifeste
Dès lors que les héritiers présentent à la banque un acte de notoriété ou une attestation signée par l’ensemble des héritiers, et que le dossier de clôture n’est pas « complexe », les frais de succession disparaissent. C’est le cas le plus courant pour les successions familiales classiques.
Qu’est-ce qu’une succession “complexe” ?
Une succession présente une complexité manifeste si elle remplit au moins une condition : absence d’héritier en ligne directe (conjoint, enfants, parents, frères, sœurs) ; crédit immobilier en cours au moment du décès ; compte professionnel à clôturer ; sûretés (garanties) constituées sur les comptes ; ou éléments d’extranéité (défunt ou héritier résidant à l’étranger, loi étrangère applicable). Si votre situation en remplit une, des frais peuvent être facturés, mais strictement dans la limite de 850€.
Le seuil de 5 910€ et le plafond de 850€ sont automatiquement revalorisés chaque 1ᵉʳ janvier selon l’inflation. Consultez votre banque pour le montant exact applicable à votre situation.

Conseils pratiques pour protéger votre héritage
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Vérifiez rapidement votre droit à la gratuité
Identifiez si votre succession entre dans l’une des trois catégories de gratuité. Si oui, vous avez des droits explicites à défendre. Si non, exigez le strict respect du plafond légal auprès de votre banque.
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Envoyez une lettre recommandée au service succession
Adressez-vous par courrier recommandé avec accusé de réception. Mentionnez précisément : l’identité complète du défunt, la date et le lieu du décès, l’acte de décès en annexe, votre qualité d’héritier, et (si applicable) votre acte de notoriété ou l’attestation d’hérédité. Demandez le calcul détaillé des frais et sa justification légale au regard de la loi du 13 novembre 2025.
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Comparez les tarifs entre banques
Si le défunt avait des comptes dans plusieurs banques, obtenez les grilles tarifaires de chacune. Vérifiez que chaque établissement applique effectivement le plafond légal.
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Contestez les abus auprès du médiateur bancaire
Si la banque applique des frais excessifs, adressez d’abord une réclamation écrite motivée. Si elle refuse ou ne répond pas, saisissez gratuitement le médiateur bancaire (délai : 2 mois). Ce recours amiable résout environ 70% des litiges sans frais supplémentaires.
Conclusion
La loi du 13 novembre 2025 marque une rupture nette avec les pratiques tarifaires opaques et abusives. Plafond de 850€, trois cas de gratuité explicites, définitions légales claires : vous avez désormais des droits concrets. Environ trois quarts des héritiers bénéficieront probablement de la gratuité totale. Pour les autres, le plafonnement divise par deux ou trois les frais moyens observés avant cette réforme. Ne subissez plus la “taxe sur le deuil” … connaissez vos droits, documentez scrupuleusement votre dossier, et n’hésitez pas à contester les abus. Vos héritiers vous remercieront.